Mis à jour le 24 octobre 2026 · Temps de lecture : environ 7 minutes
Ce qui compte vraiment
- Asterodyn présente l’AST78 comme un drone intercepteur rapide. Les performances publiées par l’entreprise restent des caractéristiques annoncées par le fabricant.
- Les deux documents de l’entreprise consultés ne donnent pas la même portée : 25 km dans la fiche PDF de mars 2026, 30 km sur la page produit actuelle.
- Une délibération de la Région Hauts-de-France en 2025 prévoyait une démonstration aux forces pour explorer une éventuelle collaboration ; elle ne constitue pas une annonce de commande de la DGA.
- Le ministère décrit le travail du 3e RHC sur la coopération entre hélicoptères et drones, sans identifier l’AST78 dans cette publication.
- Les sources publiques consultées ne suffisent pas à confirmer le prix, le mode de guidage, la méthode de neutralisation ou le déploiement opérationnel de ce modèle.
L’AST78 existe dans le catalogue d’Asterodyn, qui le présente comme un drone intercepteur. Mais une fiche produit, une démonstration, une vente déclarée par le fabricant et un déploiement confirmé par une unité militaire ne sont pas la même chose. Pour comprendre ce qui est établi, il faut distinguer les caractéristiques annoncées par l’entreprise des éléments publiés par des acteurs publics.
Les caractéristiques annoncées de l’AST78
La page produit d’Asterodyn annonce une vitesse de pointe de 400 km/h, une portée de 30 km à 200 km/h et une charge utile de 1 kg. Sa fiche technique PDF, datée de mars 2026, donne elle aussi 400 km/h et 1 kg, mais indique une portée de 25 km à une vitesse moyenne de 200 km/h. L’écart entre 25 et 30 km n’est pas expliqué dans les documents consultés ; il vaut donc mieux le signaler que choisir arbitrairement un chiffre. Voir la page produit publiée par Asterodyn · Consulter sa fiche technique PDF de mars 2026.
| Élément | Information publiée | Comment la lire |
|---|---|---|
| Vitesse de pointe | 400 km/h | Valeur annoncée par le fabricant ; elle ne décrit pas à elle seule la vitesse d’interception dans toutes les conditions. |
| Portée | 25 km dans le PDF de mars 2026 ; 30 km sur la page produit consultée | Les deux supports de l’entreprise divergent. La fiche ne précise pas tous les paramètres de mission. |
| Charge utile | 1 kg | Capacité annoncée, sans détail public suffisant pour en déduire la configuration d’une mission. |
| Guidage par IA | La fiche indique un développement de guidage automatique jusqu’à l’impact | Le document ne décrit ni les capteurs, ni le mode de désignation de la cible, ni la part de décision laissée à l’opérateur. |
Ces chiffres sont des données du fabricant, pas des résultats indépendants d’essais comparatifs. La vitesse maximale ne dit pas combien de temps l’appareil peut la maintenir, dans quelles conditions la portée est mesurée, ni avec quelle charge. Les documents consultés ne publient pas de prix unitaire, de taux de réussite, de disponibilité ou de coût complet de mise en œuvre.
Ce que les documents publics confirment
Une annexe certifiée de la délibération 2025.00634 de la Région Hauts-de-France, transmise le 24 juin 2025, décrit un projet d’Asterodyn visant à acheter du matériel pour produire des drones rapides. Le document explique alors que les appareils sont destinés à des usages créatifs et audiovisuels et prévoit une démonstration devant les forces armées afin d’explorer d’éventuelles pistes de collaboration. Il s’agit d’un document régional sur une aide à l’investissement, pas d’un contrat de la DGA ni d’un procès-verbal de réception par l’armée. Lire l’annexe de la délibération régionale 2025.00634.
La page actuelle d’Asterodyn affirme que les premiers systèmes ont été vendus aux forces armées françaises en 2025 et que des interceptions ont été réalisées. Ce sont des déclarations du fabricant. La délibération régionale de juin 2025 décrit, à une date et pour un projet précis, une démonstration encore destinée à explorer une collaboration ; elle ne permet pas, à elle seule, de confirmer ou d’infirmer une vente ultérieure. Dans les sources publiques du ministère consultées pour cet article, je n’ai pas trouvé de document identifiant un contrat AST78, son montant ou une unité destinataire.
Le ministère des Armées décrit par ailleurs le 3e régiment d’hélicoptères de combat comme travaillant sur la coopération entre drones et hélicoptères et sur des effecteurs lancés depuis un aéronef. La publication institutionnelle présente cette orientation générale, mais ne nomme pas l’AST78. Elle ne permet donc pas de transformer une expérimentation de la filière drone-hélicoptère en preuve d’un déploiement de ce modèle précis. Voir le dossier officiel de TerreMag sur l’aérocombat.
Ce que l’on ne peut pas déduire du mot « IA »
Dans sa fiche, Asterodyn indique développer un guidage automatique par IA jusqu’à l’impact. Cette formule ne précise pas comment une cible est choisie, détectée ou reconnue, si la trajectoire est seulement assistée ou automatisée, ni à quel moment une validation humaine intervient. Elle ne prouve pas que l’AST78 identifie seul un drone civil, décide qu’il est hostile et choisit de le neutraliser. L’article ne doit pas présenter ces fonctions comme acquises sans documentation technique plus détaillée.
Il faut aussi séparer les étapes d’un système anti-drone : détecter une présence, la caractériser, décider si elle représente une menace, puis choisir une réponse. La demande d’informations de la DGA sur les solutions de lutte anti-drones distingue elle-même ces fonctions. Une caractéristique annoncée pour le véhicule ne répond pas automatiquement aux questions sur les capteurs, la chaîne de commandement ou l’autorisation d’engagement.
Prix, essais et déploiement : les limites des sources
La fiche du fabricant parle d’un prix « optimisé » pour permettre une production plus large, mais ne publie pas de tarif. Sans coût d’achat, consommables, formation, maintenance, capteurs, opérateurs et taux de réussite comparable, il est impossible de conclure que l’AST78 serait moins cher qu’un missile, un brouilleur ou un autre intercepteur. « Drone rapide » ne signifie pas automatiquement « défense à bas coût ».
De même, il faut distinguer une démonstration, un essai technique, une évaluation en unité, une commande, une livraison et une mise en service. Les mots « vendu aux forces », « testé » ou « opérationnel » ne décrivent pas le même niveau de validation. Les pages d’Asterodyn présentent plusieurs essais et livraisons comme des faits ; les informations publiques consultées ne donnent pas assez de détails pour établir leurs conditions, leur protocole ou les résultats indépendamment du fabricant.
L’AST78 dans le contexte français de lutte anti-drone
L’AST78 n’est pas à confondre avec RapidEagle, un autre projet français d’interception de drones. L’Agence de l’innovation de défense présente RapidEagle comme un projet issu d’un appel à projets de 2021, porté par Thales avec plusieurs partenaires. Sa solution, documentée par le ministère, utilise notamment un filet pour capturer un petit drone et le ramener dans une zone sûre. Il s’agit d’un système et d’un programme distincts ; les données publiées ne permettent pas de comparer leur efficacité ou leur coût face à face. Présentation ministérielle de RapidEagle.
Ce qui est raisonnable à retenir est plus limité, mais plus solide : Asterodyn présente l’AST78 comme un intercepteur et en publie des performances annoncées ; plusieurs chiffres varient selon le support ; le ministère documente séparément des travaux sur l’aérocombat et la lutte anti-drone. Pour parler d’une commande précise, d’une unité équipée ou d’une capacité opérationnelle validée, il faut une source qui établisse explicitement ce point. En l’état des documents consultés, présenter l’AST78 comme « la réponse française » ou comme une solution déjà déployée à grande échelle va plus loin que les preuves publiques disponibles.

Ingénieur systèmes et architecte cloud pendant 8 ans chez un leader européen de l’hébergement, reconverti dans l’analyse tech et business. Passionné par l’intersection entre infrastructure IT, IA générative et transformation digitale des entreprises. J’aide les décideurs et les équipes techniques à naviguer dans l’écosystème tech sans bullshit marketing.
