Nvidia investit dans Alice & Bob : le quantum français décrypté

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Points clés à retenir

  • Investissement stratégique : Nvidia, via sa branche venture NVentures, participe à la levée de fonds de 100 M€ d’Alice & Bob, confirmant l’intérêt du géant américain pour l’approche des qubits chats.
  • Promesse technologique : Alice & Bob mise sur des qubits autocorrectifs (qubits chats) pour réduire drastiquement le nombre de qubits nécessaires à un ordinateur quantique opérationnel, avec un objectif 2030.
  • Soutien public renforcé : Emmanuel Macron débloque 1 Md€ supplémentaire pour le plan quantique, avec un volet commande publique (programme PROQCIMA) et l’accueil de prototypes au Très Grand Centre de Calcul du CEA.

NVentures mis sur la start-up française Alice & Bob

Le géant américain Nvidia, via sa filiale de capital-risque NVentures, annonce une participation – d’un montant non dévoilé – à la levée de fonds de 100 millions d’euros de la start-up française Alice & Bob, spécialisée dans l’informatique quantique. Cette opération vient renforcer un tour de table déjà conséquent, levé début 2025, et doit permettre à la société de financer la construction d’un centre de production, de R&D au nord de Paris et de viser un ordinateur quantique opérationnel d’ici 2030.

Sur le terrain, ce n’est pas une surprise : Alice & Bob collaborait déjà avec Nvidia via le programme de partenariat CUDA-Q, intégré depuis 2024, tout comme son concurrent Pasqal. Décortiquons ce que cela signifie concrètement.

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La technologie au cœur : les qubits chats

Ce qui distingue Alice & Bob de ses concurrents (Pasqal, C12, Candela), c’est l’approche des qubits dits « autocorrectifs » ou « qubits chats » (cat qubits). L’idée est simple : au lieu de multiplier les qubits pour compenser les inévitables erreurs de calcul quantique, on conçoit des qubits intrinsèquement plus stables. En pratique, cela permet de réduire considérablement le nombre de qubits nécessaires pour atteindre une puissance de calcul utile.

Passons au concret : un ordinateur quantique classique nécessite des milliers, voire des millions de qubits physiques pour obtenir quelques centaines de qubits logiques fiables. Avec les qubits chats, Alice & Bob affirme pouvoir réduire ce ratio d’un facteur 10 à 100. Si la démonstration tient ses promesses, cela changerait la donne en termes de coût total de possession (TCO) et pourrait accélérer l’adoption par les entreprises.

Le plan quantique français passé au crible

L’État français ne reste pas les bras croisés. Lors du Forum Européen sur la puissance de calcul, Emmanuel Macron annonce un renforcement du plan Quantique 2021 : 1 milliard d’euros supplémentaires pour financer le secteur. Sans langue de bois, ce n’est pas une surprise : la souveraineté numérique et la compétitivité industrielle passent désormais par le quantum.

Ce nouveau financement se traduira concrètement par des commandes publiques via le programme PROQCIMA, qui permet au ministère des Armées de déjà financer des prototypes chez Pasqal et Candela. Ce qui compte vraiment, c’est que cela donne un débouché immédiat aux start-up françaises, tout en maintenant une pression concurrentielle saine entre les différentes approches technologiques.

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Le Très Grand Centre de Calcul : incubateur de prototypes quantiques

Ce n’est pas un hasard si l’annonce a eu lieu à Bruyères-le-Châtel, sur le site du Très Grand Centre de Calcul (TGCC) du CEA. Depuis 20 ans, il abrite les plus puissants supercalculateurs français. Et depuis peu, il accueille aussi les premiers prototypes quantiques : Pasqal et Candela y ont déjà déployé leurs machines. Même Mistral AI installe un datacenter sur le site.

Sur le terrain, le TGCC joue un rôle de hub : il permet aux chercheurs et aux entrepreneurs de tester leurs technologies dans un environnement réel, avec une infrastructure de calcul classique en complément. C’est exactement le genre d’infrastructure mutualisée dont a besoin l’écosystème pour accélérer sans dilapider les moyens.

Analyse coût-bénéfice : vers un quantum utile en 2030 ?

Alors, concrètement, est-ce que tout cela débouchera sur un ordinateur quantique opérationnel à l’horizon 2030 ? C’est le pari d’Alice & Bob. D’un point de vue TCO, l’investissement de Nvidia est un signal fort : le géant américain, qui a tout intérêt à vendre des GPU pour simuler et contrôler les systèmes quantiques, valide la viabilité industrielle de la piste.

Mais il reste des inconnues : la scalabilité des qubits chats, la maturité des outils de développement (CUDA-Q, etc.) et la concurrence internationale, notamment américaine et chinoise. Pour une PME ou une scale-up française, l’enjeu est de surveiller ces avancées technologiques : les premiers cas d’usage concrets – en chimie, en optimisation logistique ou en cryptographie – pourraient apparaître d’ici 2027-2028. Préparer sa feuille de route quantique dès aujourd’hui, même modestement, est un pari sur l’avenir.