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Points clés à retenir
- Conflit de souveraineté : La Commission européenne veut réserver un tiers de la bande MMS 2 GHz à un usage gouvernemental, via la constellation Iris², excluant de fait les opérateurs non européens.
- Menaces de SpaceX : Elon Musk utilise l’Ukraine comme précédent pour faire pression, et évoque coupure de service en Europe si ses intérêts ne sont pas respectés.
- Enjeux économiques énormes : SpaceX a investi près de 20 milliards d’euros dans ces fréquences, et fait face à une concurrence accrue d’Amazon et Rocket Lab.
Un bras de fer sur les fréquences critiques
Un nouveau choc s’annonce entre Bruxelles et Washington, et ce n’est ni sur les puces ni sur l’IA. Cette fois, l’objet du conflit, ce sont les fréquences satellites. Depuis 2008, la bande dite « MMS 2 GHz » était exploitée en exclusivité par deux opérateurs américains : Viasat et EchoStar. Cette licence permettait aux téléphones et objets connectés de communiquer par satellite dans les zones les plus reculées, hors de portée des réseaux mobiles terrestres.
Aujourd’hui, ces licences arrivent à expiration en mai 2027, et la Commission européenne a décidé de changer la donne. Dans un communiqué fin mai, elle annonce vouloir réserver un tiers de cette bande à un usage gouvernemental – communications critiques, sécurité, défense – via la future constellation européenne Iris². Les deux tiers restants seront répartis entre nouveaux entrants européens et opérateurs établis de l’UE ou de pays tiers, à parts égales.
SpaceX dénonce un « risque de privation de service »
Cette répartition laisse une part congrue à Starlink. Dans un mémo de quatre pages adressé à la Commission, SpaceX dénonce des « lacunes majeures qui compromettent les objectifs de l’Europe en matière de connectivité ». Le groupe craint que les Européens ne soient privés des services de téléphonie direct-to-device (D2D), une technologie qui transforme un smartphone classique en terminal satellite. Elon Musk, bien que s’en défende, concurrence directement les opérateurs télécoms traditionnels.
Starlink revendique 7,4 millions d’utilisateurs de son service D2D en Europe (Royaume-Uni, Suisse, Ukraine…). Il avance avoir « davantage contribué à connecter des millions d’Européens que n’importe quel autre opérateur satellite ». Deutsche Telekom en Allemagne et Orange en Espagne ont d’ailleurs signé des partenariats avec l’opérateur américain. Par ailleurs, SpaceX pointe un risque d’interférences dans les zones frontalières, notamment entre la Pologne et l’Ukraine, si deux opérateurs utilisaient les mêmes fréquences.
Le gendarme américain des télécoms monte au créneau
Washington ne reste pas silencieux. La Federal Communications Commission (FCC), équivalent américain de l’Arcep, défend le principe de réciprocité : de nombreux opérateurs européens (Eutelsat, Inmarsat) font des affaires aux États-Unis. Toute discrimination envers un acteur américain entraînerait des mesures de rétorsion.
Elon Musk, lui, ne cache pas ses intentions. À mots à peine voilés, il menace de couper les services Starlink au-dessus de l’Union européenne. Il l’a déjà fait en Ukraine en 2022, pour bloquer une attaque de drones sous-marins contre la flotte russe en mer Noire. Plus récemment, en février 2025, l’administration américaine utilisait cette même menace pour contraindre Kiev à céder l’accès à ses minéraux critiques. SpaceX utilise d’ailleurs l’Ukraine comme levier rhétorique, affirmant que seule une adhésion de l’Ukraine à l’UE pourrait la priver de Starlink – un argument destiné à déstabiliser Bruxelles.
Une bataille économique colossale
Dans cette partie d’échecs, SpaceX joue très gros. L’opérateur a investi 19,7 milliards d’euros pour acquérir les fréquences 5G de l’opérateur EchoStar. Mais la concurrence s’intensifie : Amazon Leo a annoncé en février 2026 le rachat de Globalstar pour 11,5 milliards de dollars, tandis que Rocket Lab a mis la main sur Iridium et sa précieuse bande L pour 8 milliards. Apple, partenaire de Globalstar pour l’envoi de messages SOS depuis l’espace, observe aussi ce match de près.
Sans langue de bois, ce conflit illustre la bataille pour la souveraineté technologique qui oppose l’Europe et les États-Unis. L’enjeu n’est pas seulement géopolitique : il est aussi stratégique pour nos entreprises et nos territoires. Reste à savoir si Bruxelles tiendra bon face aux menaces et aux milliards en jeu.

Ingénieur systèmes et architecte cloud pendant 8 ans chez un leader européen de l’hébergement, reconverti dans l’analyse tech et business. Passionné par l’intersection entre infrastructure IT, IA générative et transformation digitale des entreprises. J’aide les décideurs et les équipes techniques à naviguer dans l’écosystème tech sans bullshit marketing.
