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Points clés à retenir
- Financement : Univity totalise 27M€ de levée de fonds, s’ajoutant à 9,3M€ et à un contrat de 31M€ avec le CNES via France 2030.
- Orbite basse 5G : Les satellites évolueront à 375 km d’altitude pour offrir de la connectivité 5G, plus proches que Starlink (550 km).
- Souveraineté : Après l’ouragan Chido à Mayotte en 2025, l’Europe veut ses propres solutions satellitaires pour ne plus dépendre des acteurs américains.
La course à la connectivité spatiale s’intensifie. Alors que Starlink domine le marché, une jeune pousse française, Univity, annonce une levée de fonds de 27 millions d’euros pour déployer sa propre constellation de satellites en orbite basse. Décortiquons ce projet ambitieux et ses implications pour les entreprises et la souveraineté numérique européenne.
Univity : une levée de fonds stratégique
Fondée en 2018 sous le nom de Constellation Technologies, Univity a déjà sécurisé un financement cumulé conséquent. Outre ces 27 millions, elle avait levé 9,3 millions d’euros en 2024, et décroché un contrat de 31 millions d’euros avec le CNES dans le cadre du plan France 2030. Ce financement public vise à soutenir le déploiement d’une constellation satellitaire souveraine.
En pratique, la société a déjà mis en orbite une première charge utile pour valider son concept. L’objectif immédiat est de lancer deux satellites de démonstration en orbite basse, à 375 km d’altitude, pour prouver la viabilité technique de son approche et lever des fonds supplémentaires.
Pourquoi une orbite aussi basse ?
Le choix de 375 km d’altitude n’est pas anodin. À titre de comparaison, les satellites Starlink évoluent à environ 550 km. En étant plus proches, les satellites d’Univity pourront offrir une connectivité 5G native, avec une latence réduite, ce qui intéresse vivement les opérateurs télécoms. Eutelsat a d’ailleurs confirmé travailler sur ce type de solutions lors du dernier MWC.
Ce qui compte vraiment, c’est que cette orbite ultra-basse permet aussi de réduire la puissance nécessaire pour la transmission, et donc la taille des satellites et les coûts de lancement. Passons au concret : là où Starlink propose déjà des services similaires, Univity espère se différencier par une offre pensée pour les opérateurs mobiles, pas seulement pour le grand public.
Les défis techniques à surmonter
Sur le terrain, une orbite aussi basse présente des défis importants. Comme l’explique Xavier Deplancq, chef de projet France 2030 au CNES, à cette altitude « il reste des résidus d’atmosphère qui peuvent faire chuter le satellite et mettent ses revêtements à rude épreuve. » Sans langue de bois, il faut dire que la contrainte est réelle : les frottements atmosphériques freinent les satellites et obligent à des corrections de trajectoire régulières, consommant du carburant et réduisant la durée de vie.
Le soutien du CNES vise donc aussi à collecter des données in situ sur ces contraintes, affiner les revêtements et les systèmes de propulsion, avant le déploiement massif prévu entre 2028 et 2030. Univity prévoit de mettre en orbite entre 1800 et 3750 satellites d’ici là.
Un marché porteur mais concurrentiel
Le marché de la connectivité par satellite est estimé à moins de 10 milliards de dollars aujourd’hui, mais les analystes prévoient plusieurs dizaines de milliards d’ici 2030. Face à Starlink et Amazon (Projet Kuiper), les nouveaux entrants doivent proposer une différenciation forte. Univity mise sur la 5G via satellite directement compatible avec les réseaux mobiles existants.
Cependant, le secteur a déjà connu des échecs retentissants, comme OneWeb, qui a frôlé la faillite avant d’être racheté. Sans langue de bois, la réussite d’Univity passera par sa capacité à sécuriser des partenariats avec des opérateurs télécoms et à démontrer un modèle économique viable, pas seulement une prouesse technique.
Un enjeu de souveraineté européenne
Au-delà du business, c’est un enjeu géopolitique. Après le passage dévastateur de l’ouragan Chido à Mayotte en début d’année 2025, la France a dû faire appel aux solutions Starlink pour rétablir les communications. Dans un contexte de défiance grandissante entre l’Europe et les États-Unis, disposer d’une alternative européenne souveraine devient une priorité stratégique.
Ce qui compte vraiment, c’est que la connectivité satellitaire n’est pas qu’un marché lucratif : c’est aussi un filet de sécurité pour les territoires isolés, en cas de catastrophe naturelle ou de défaillance des infrastructures terrestres. Pour les PME et les collectivités, cela signifie une résilience accrue.
Calendrier et perspectives
Univity prévoit de débuter le déploiement opérationnel de sa constellation à partir de 2028. D’ici là, les deux satellites de démonstration devront valider la charge utile 5G, la résistance aux contraintes atmosphériques, et convaincre de nouveaux investisseurs.
Sur le terrain, je vois ce projet comme une belle illustration de l’innovation européenne dans le spatial. Mais la route est longue : le TCO d’une constellation de plusieurs milliers de satellites est colossal, et le temps de retour sur investissement se mesure en années, voire en décennies. Pour les décideurs IT et les DSI, cela signifie qu’il faudra rester pragmatique et suivre de près les avancées techniques et commerciales avant d’envisager de basculer des infrastructures terrestres vers ces solutions.
Décortiquons ça : le pari d’Univity est risqué mais nécessaire. Si le projet aboutit, il offrira une alternative européenne crédible à Starlink, avec des performances 5G potentiellement supérieures. Si ce n’est pas le cas, il aura au moins enrichi l’expertise française sur les orbites très basses. Dans les deux cas, c’est une avancée pour la souveraineté numérique de l’Europe.

Ingénieur systèmes et architecte cloud pendant 8 ans chez un leader européen de l’hébergement, reconverti dans l’analyse tech et business. Passionné par l’intersection entre infrastructure IT, IA générative et transformation digitale des entreprises. J’aide les décideurs et les équipes techniques à naviguer dans l’écosystème tech sans bullshit marketing.
