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Points clés à retenir
- Stratégie : L’Arcom délaisse progressivement la réponse graduée pour cibler les infrastructures (DNS, VPN, IP).
- Sport : La lutte contre le piratage des retransmissions sportives devient la priorité, avec 6 500 domaines bloqués.
- Outils : Nouveaux pouvoirs de notification aux fournisseurs DNS alternatifs et VPN, et futur blocage direct des adresses IP.
L’Arcom muscle son arsenal contre le piratage
En pratique, la lutte contre le piratage évolue radicalement. Sur le terrain, l’Arcom ne se contente plus de la réponse graduée historique. Son bilan 2025 montre un virage stratégique : les actions se concentrent désormais sur les fournisseurs de DNS et de VPN. Passons au concret.
Le déclin de la réponse graduée
Sans langue de bois, la méthode des avertissements aux internautes perd du terrain. Les chiffres 2025 sont éloquents : 79 188 premiers avertissements envoyés, soit une chute de 36% sur un an. Les sanctions pécuniaires prononcées par la justice suivent la même tendance (300 contre 444 en 2024).
Ce qui compte vraiment, c’est la décrue globale de la consommation de services illicites, estimée à -34% depuis 2021. Le P2P classique et le streaming (hors IPTV) reculent. L’IPTV, bien que marginale, progresse constamment. Décortiquons ça.
Le sport, nouveau front prioritaire
La bataille s’est déplacée. Aujourd’hui, le chantier numéro un est la lutte contre le piratage des retransmissions sportives. Le manque à gagner pour le secteur avoisine les 300 millions d’euros. Des acteurs majeurs comme Canal+, beIN SPORTS ou la LFP saisissent régulièrement l’Arcom.
Pour y répondre, l’autorité utilise massivement le blocage de noms de domaine, opérationnel depuis 2022. Sur les plus de 15 000 domaines bloqués, 6 500 ciblent directement le sport. Une offensive ciblée qui montre où se situent les enjeux économiques réels.
Nouvelles cibles : DNS alternatifs et VPN
Sur le terrain, l’Arcom corrige les « trous dans la raquette ». Auparavant, les internautes contournaient les blocages des FAI via des DNS alternatifs (comme Cloudflare ou Google DNS). L’autorité notifie désormais directement ces fournisseurs. Le volume est parlant : de 439 notifications en 2024, on passe à 5 263 en 2025.
Depuis juin 2025, la même logique s’applique aux services VPN, avec déjà 598 signalements. Ce nouveau front révèle des disparités. Certains prestataires refusent, arguant de l’impossibilité technique de bloquer sans trahir leur promesse de confidentialité absolue. Un débat technique et éthique qui n’est pas près de se clore.
L’avenir : automatisation et coercition
En pratique, la prochaine étape technique est majeure. Dès juin 2026, l’Arcom déploiera des outils pour bloquer directement les adresses IP sources de piratage. L’objectif ? Gagner en réactivité face aux stratégies de miroirs et de redirection des sites pirates, et automatiser les procédures.
Ce qui compte vraiment à terme, c’est le pouvoir de sanction. Le président de l’Arcom plaide pour un pouvoir coercitif afin de contraindre les acteurs récalcitrants (DNS, VPN) à appliquer les blocages. Une proposition de loi sur le financement du sport professionnel, déjà approuvée par le Sénat, pourrait être l’occasion d’ajouter cette compétence. Une évolution à suivre de près pour les acteurs de l’infrastructure.

Ingénieur systèmes et architecte cloud pendant 8 ans chez un leader européen de l’hébergement, reconverti dans l’analyse tech et business. Passionné par l’intersection entre infrastructure IT, IA générative et transformation digitale des entreprises. J’aide les décideurs et les équipes techniques à naviguer dans l’écosystème tech sans bullshit marketing.
