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Ce qu’il faut retenir
- L’IA fait exploser la consommation : les datacenters ouverts en 2024 affichent une puissance moyenne de 20 MW, soit le double de ceux de 2023, dopés par les besoins en calcul IA.
- Gains d’efficacité réels, mais insuffisants : si le PUE des centres récents s’améliore, la hausse des capacités annule ces progrès sur les émissions totales.
- La fibre optique aussi a un coût : pour la première fois, l’Arcep chiffre l’empreinte des fabricants : 200 litres d’eau par kilomètre de câble et 108 000 tCO2 éq. en 2024.
Le secteur du numérique en France poursuit sa croissance, et avec elle, son empreinte environnementale. L’Arcep vient de publier son enquête annuelle « Pour un numérique soutenable », qui dresse le tableau de l’impact des acteurs numériques sur l’année 2024 : opérateurs télécoms, fabricants de terminaux, opérateurs de centres de données et, pour la première fois, fabricants de fibre optique.
Sans langue de bois, les résultats confirment une tendance que j’observe sur le terrain : malgré les efforts d’efficacité, la soif de puissance des nouvelles infrastructures, en particulier pour l’IA, annule les progrès. Décortiquons ça.
La progression inarrêtable des centres de données
Alors que la France tente d’attirer de nouveaux projets de datacenters, les oppositions citoyennes se multiplient, pointant leur impact environnemental. L’étude de l’Arcep donne des chiffres précis : en 2024, les émissions de gaz à effet de serre des opérateurs de datacenters ont bondi de 23 %, et leur consommation électrique de 12 %. Seule la consommation d’eau est en baisse, mais elle était « exceptionnellement » élevée en 2023 à cause de travaux sur des sites anciens.

En pratique, les grands acteurs du secteur mettent en avant leurs efforts. Et sur un point, l’Arcep leur donne raison : les émissions directes (scope 1) sont en baisse chez tous les opérateurs, grâce à des datacenters mieux conçus.
Ce qui compte vraiment, ce sont les émissions indirectes (scope 2), liées à la consommation électrique. Elles atteignent 2,7 TWh, en hausse de 12 % par rapport à 2023. Passons au concret : c’est l’équivalent de la consommation annuelle de plus de 600 000 foyers français.
Des centres plus efficaces, mais aussi plus gourmands
Contrairement à une idée reçue, cette hausse de consommation n’est pas due à une multiplication du nombre de datacenters, mais à l’augmentation de leur puissance unitaire. Les centres ouverts en 2024 affichent une puissance moyenne de 20 MW, soit le double de ceux de 2023.

En contrepartie, ces centres récents bénéficient des dernières innovations : le PUE (Power Usage Effectiveness) des datacenters construits ces dix dernières années est nettement meilleur que celui des générations précédentes. Mais cette efficacité ne compense pas l’explosion des besoins de calcul.
Sur le terrain, je constate que la demande en IA générative accélère cette course à la puissance. Un cluster GPU pour entraîner de grands modèles peut consommer autant qu’une petite ville. Ce qui compte vraiment, c’est de mesurer le coût environnemental complet, et pas seulement le PUE.
200 litres d’eau par kilomètre de fibre optique
Pour la première fois, l’Arcep s’est penchée sur les fabricants de câbles fibre optique. Leur production représente 26 % de la consommation énergétique des réseaux fixes. L’étude évalue la consommation d’eau à environ 200 litres par kilomètre de câble fabriqué.
Côté gaz à effet de serre, l’Arcep estime à 108 000 tonnes équivalent CO2 les émissions liées à la production des câbles fibre vendus en France en 2024. Un chiffre appelé à diminuer, car le déploiement du réseau fibre est quasiment achevé sur le territoire. Attention toutefois : la construction de nouveaux datacenters générera des besoins supplémentaires en fibre.
Mon conseil : pour une PME ou une collectivité qui planifie son infrastructure réseau, intégrer ces coûts environnementaux dans le TCO (coût total de possession) est désormais un impératif, pas une option.
Conclusion : une croissance à suivre de près
L’enquête de l’Arcep confirme ce que j’analyse depuis deux ans : le numérique français fait face à un paradoxe. Les progrès technologiques (meilleurs PUE, refroidissement optimisé) ne suffisent pas à compenser l’explosion des volumes de calcul, tirés par l’IA et l’essor des clouds. Sans une mesure systématique et une régulation qui intégrera les externalités, l’empreinte continuera de grimper. Ce qui compte vraiment, c’est de piloter par les données et de prioriser les usages à forte valeur ajoutée.

Ingénieur systèmes et architecte cloud pendant 8 ans chez un leader européen de l’hébergement, reconverti dans l’analyse tech et business. Passionné par l’intersection entre infrastructure IT, IA générative et transformation digitale des entreprises. J’aide les décideurs et les équipes techniques à naviguer dans l’écosystème tech sans bullshit marketing.
